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Le Musée de l’Ecole de Nancy : l’Art nouveau lorrain

En cette fin novembre, on hésite un peu plus à sortir le bout du nez en forêt ! Il faut avouer qu’il fait maintenant vraiment froid : c’est le moment idéal pour aller s’enfermer dans les musées qu’on ne prend pas le temps d’aller voir quand il fait beau et chaud 😉 J’avais donc envie de vous parler du Musée de l’Ecole de Nancy !

Malheureusement, ce musée est parfois considéré comme secondaire, derrière le Musée des Beaux-Arts et le Musée lorrain, et même il peut passer inaperçu aux yeux des touristes dans la liste des musées de Nancy. En effet, son nom n’est pas évocateur de son contenu, pour les personnes qui ne connaissent pas le terme « Ecole de Nancy ». Il s’agit en fait du musée qui témoigne de l’Art nouveau lorrain, qui a eu un rôle très important en Europe.

Il regorge donc d’incroyables merveilles, dont il serait vraiment dommage de se priver !

 

Contexte historique

Les lecteurs de mon blog le savent, je suis de formation historienne, c’est donc une manie légèrement obsessionnelle chez moi de replacer les éléments artistiques dans leur contexte historique ^^

 

Le contexte de l’Art nouveau en Europe

Tout au long du XIXè siècle, les artistes européens de toutes disciplines ont puisé leur inspiration dans le passé : style gréco-romain, néogothique, néoclassique, etc. La magnifique basilique Saint-Epvre de Nancy, de style néogothique, en est un très bon exemple. Ces œuvres sont certes splendides, mais une certaine lassitude apparaît simultanément dans toute l’Europe. Le monde artistique est à la recherche de LA nouveauté, l’inspiration qui donnera un nouveau départ, certes artistique, mais qui serait à la fois révélateur et porteur de la nouvelle civilisation qui s’annonçait avec la deuxième révolution industrielle, initiée en 1870.

Ainsi, dans plusieurs grandes villes d’Europe, simultanément là aussi, l’inspiration explose : on fait table rase du passé, et on invente un nouvel art, inspiré de la nature et de ses courbes : fleurs, feuilles, entrelacs, insectes. Chaque discipline artistique s’empare de ce cette inspiration, et suit le premier commandement de l’Art nouveau : tout doit laisser penser que l’œuvre végétale continue de pousser. Tout est nature, et tout est mouvement.

De fait, industrialisation et inspiration artistique sont étroitement liées dans cet art, exauçant les vœux des artistes et industriels européens.

 

Et à Nancy ?

Il est extrêmement difficile de dire où en Europe la frénésie a commencé. En à peine 5 ans (1890-1895), toute l’Europe s’est embrasée : Allemagne, Autriche, Espagne, Italie, Pays-Bas, Belgique, et donc en France à Nancy particulièrement.

Le cas de Nancy est assez particulier, pour deux raisons.

 

Un contexte géopolitique spécifique

En 1970, la France perdait la guerre contre l’Allemagne, lui abandonnant l’Alsace et une partie de la Lorraine. De ce fait, beaucoup d’habitants de ces territoires les ont quittés pour venir s’installer en France et éviter ainsi d’être enrôlés dans l’armée allemande. Nancy bénéficia en majeure partie de cet énorme boom démographique. De plus, elle devenait une place militaire de premier ordre de par sa position proche de la nouvelle frontière allemande, et accueillit donc également de nouveaux bataillons, avec leurs soldats mais aussi les familles de ces soldats.

Il a fallu créer de nouveaux quartiers pour accueillir tout ce petit monde : migrants alsaciens/lorrains et soldats. Plusieurs quartiers ont vu le jour : Saurupt, Nancy Thermal, Anatole France, entre autres.

Parmi tous ces gens figuraient des industriels et des artistes. En plus de son essor démographique, Nancy connu donc également un énorme développement industriel et artistique, qui s’est engouffré dans cette inspiration de l’Art nouveau !

 

Une organisation solidaire des artistes et industriels lorrains

En 1901, les artistes et industriels lorrain décident de fonder une association/syndicat, l’Alliance provinciale des industries d’art, autrement connue sous le nom d’Ecole de Nancy. Les buts sont multiples :

  • permettre la collaboration des différentes disciplines pour favoriser la recherche et réaliser des œuvres inédites et spectaculaires.
  • garantir des formations et un enseignement qui permettent d’avoir une main d’œuvre qualifiée. Certains, comme Emile Gallé, vont encore plus loin en applicant une politique sociale en faveur de leurs ouvriers !
  • faire rentrer cet art dans tous les foyers, en faisant coexister production spectaculaire (le principe de la haute couture) et production industrielle en série, qui s’inspire de la précédente.

Voilà, maintenant que le contexte est posé, passons à la visite du Musée de l’Ecole de Nancy !

 

Le musée

La maison et le quartier

Le musée, créé en 1964, est hébergé dans la maison d’Eugène Corbin, directeur des Magasins réunis (actuel Printemps), artiste amateur, mais surtout grand mécène de l’Ecole de Nancy. Vue depuis la rue, elle n’est pas spectaculaire, limite insoupçonnable. La plus jolie partie est tournée vers un grand jardin, dont je vous parlerai après. Pour profiter du spectacle, il faut donc passer une petite porte relativement discrète, qui ne permet pas au passant d’imaginer qu’un tel patrimoine puisse se situer derrière ces murs.

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Nancy, Musée de l'Ecole de Nancy, Ecole de Nancy, Art nouveau

La maison est située dans le quartier Nancy Thermal, qui fait partie des quartiers qui ont été créés fin XIXè siècle pour accueillir toute cette nouvelle population. Le quartier contient d’ailleurs une caserne, la caserne Blandan, construite à la suite de la guerre de 1870.

Le musée est donc idéalement placé, entre les murs de la maison d’un très grand amateur de l’Ecole de Nancy, et d’un quartier emblématique du courant artistique, dont je vous parlais d’ailleurs dans cet article : Art nouveau à Nancy : deux visites qui sortent de l’ordinaire.

 

Les collections

Nous entrons enfin dans le vif du sujet. Mon propos ici n’est pas de vous révéler les moindres secrets du Musée, juste mes coups de cœur, suffisamment pour vous donner envie d’aller découvrir tout le reste de vos propres yeux !

Les conservateurs présentent essentiellement du petit et grand mobilier, mais aussi de la verrerie, de la céramique, peinture, sculpture, tissu/cuir, etc. Tout ce qui tourne autour de la vie quotidienne en fait, puisque c’était le credo de l’Art nouveau, et particulièrement celui de l’Ecole de Nancy. On y admire les œuvres d’art les plus folles, ainsi que les pièces de séries qui trouvaient leur place dans les appartements plus modestes.

Ici, on comprend ce que signifie le terme « art total », particulièrement dans la pièce emblématique du musée, la salle à manger Masson, absolument incroyable ! La pièce parait vivante… Les murs, les meubles, le lustre : tout est en mouvement. Un art total qui recrée et sublime la nature…

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Salle à manger Masson : meubles signés Eugène Vallin, murs et plafond signés Victor Prouvé.

 

Je suis également tombée en béatitude devant la cage d’escalier. Une merveille, elle aussi. J’y suis restée bien dix minutes, montant tout doucement en tournant sur moi-même, et redescendant au même rythme après avoir visité l’étage supérieur, toujours aussi admirative. J’aime beaucoup les escaliers, quels qu’ils soient ; d’ailleurs plus ils sont bancals, plus ils me fascinent. Mais ici, c’est l’atmosphère de douceur, et la complémentarité du vitrail, du bois, et des immenses ombellifères séchés, qui m’ont subjuguée.

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La salle de bains est spectaculaire, il faut bien l’avouer, bien que cette baignoire me paraisse totalement inconfortable ! L’effort artistique est assez incroyable. Là encore, en se concentrant sur la nature des décors, on voit foisonner la vie !

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L’art du vitrail est indissociable de l’Art nouveau. Cet exemplaire du musée est à couper le souffle. De longues minutes d’admiration, là aussi…

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Enfin, dernier gros coup de cœur, ce lit en marqueterie de nacre. Papillon de jour, papillon de nuit… Quelle inspiration, et quelle finesse de réalisation !

 

Pour finir j’ai envie de partager avec vous quelques petits détails qui m’ont fait vibrer (cliquez sur les photos pour les voir en plus grand 😉 ). A vous de les retrouver dans le parcours du musée ! Vous me direz si vous les trouvez tous !

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Et surtout, n’hésitez pas à faire le tour du grand jardin, il est vraiment très agréable, et abrite deux monuments caractéristiques : un monument funéraire et l’aquarium ! Quelques photos ici, le reste dans l’article Art nouveau à Nancy : deux visites qui sortent de l’ordinaire !

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Bref, visiter le Musée de l’Ecole de Nancy est un joli voyage dans le temps, que je ne peux que vous recommander 😉

Alexandrine

 

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4 Comments

  • Blandine

    Ah ah ! c’est sûr que cela peut te paraître inconfortable comme baignoire ! Mais cela n’en est pas une !! C’est une jardinière 😉 Et oui, as-tu vu un robinet ? un trou d’évacuation ? Et bien non… Cet ensemble, en grès émaillé, provient des collections du musée des Arts Décoratifs de Paris, qui l’a mis en dépôt au musée de l’Ecole de Nancy. Il a été un temps attribué à Ernest Chaplet mais désormais son auteur est anonyme (jusqu’à ce qu’on l’identifie un jour, peut-être…) et on n’en connaît pas sa destination (pour qui et où…).
    [Et je me permets une petite correction : c’est en 1870 (et non 1970, faute de frappe !) que la France perd la guerre franco-prussienne ou franco-allemande.]
    Et merci pour ces belles images de ce si beau musée

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